Spoerri sert sa farce au gratin de l’art. La tablée du “Déjeuner sous l’herbe” constitue en effet un microcosme[i], membres d’une élite culturelle et politique, proche des milieux socialistes qui ont porté Français Mitterrand au pouvoir à peine deux ans plus tôt. Sont présents ce jour-là, outre le propriétaire du domaine du Montcel et mécène de la performance (Jean Hamon, peu connu pour ces sympathies gauchistes, au demeurant), une série d’invités, artistes (Erro, Peter Knapp, Claude et François-Xavier Lalanne, Edouard Pignon, Aline et Patrick Poirrier, Jean-Pierre Raynaud, Dieter Roth), écrivains ou essayistes (Jacques Henric, France Huser, Bernard Lamarche-Vadel, Isabelle Sobelman), éditeurs (Christian Bourgois, Georges Herscher,), journalistes (Marie Boué, Olivier Cera, Hector Obalk), critiques d’art (Geneviève Breerette, Jean Clair, Catherine Francblin, Marie-Christine Huogonot, Jean-Jacques Lévêque, Marcellin Pleynet, Francis Pluchard), conservateurs (Patrice Bachelard, Marie-Claude Beaud, Sylvie Boissonnas, Dominique Bozo), marchands d’art ou galeristes (Iris Clert, Pierre Nahon, Daniel Templon), collectionneurs (Jean-Luc Binet, Bob Calle, Jérôme Delaage, Denyse et Philippe Durand-Ruel), hauts-fonctionnaires (Claude Mollard, Michel Troche) et autres téméraires entrepreneurs de la culture (Yanou Collart), triés sur le volet, qui se réclament à l’époque – tout comme aujourd’hui – comme « amis » de Daniel Spoerri. Certains relèvent du personnel décisionnaire du centre George Pompidou qui a ouvert ses portes 6 ans plus tôt (le 31 janvier 1977) ; d’autres sont des membres actifs de la revue Art Press, solidement installé depuis 1974 dans le paysage culturel. Ce monde de l’art, assez politisé, savoure une victoire encore proche, en sachant qu’il faudra se dépêcher pour cueillir tous les fruits, dans un contexte où surgit la « crise ». La liste des convives brille aussi par l’absence de certains invités, notamment celle des 13 artistes du mouvement Nouveau Réaliste, et de son « pape », Pierre Restany.



[i] Ce sont des « happy few » comme aime à s’en souvenir Daniel Spoerri, et plusieurs autres mangeurs de l’époque, comme si l’impression d’appartenir à une élite constituait l’un des ressorts de la performance.